Le Dietrich programme jusqu'à demain le dernier film de Judd Apatow, Funny People, une comédie sur l'univers du stand-up californien. Boudé par le public américain, ce troisième long-métrage d'Apatow, d'une durée de 2h20, est aussi le plus ambitieux : réflexion sur la fabrication du rire, sur la solitude et le pouvoir des célébrités, exploration d'une psyché confrontée à la maladie et à la mort, Funny People dérègle la comédie hollywoodienne pour mieux interroger ce qui la fonde. A ne pas manquer pour le mélange des tonalités, le plaisir de retrouver la jeune génération de comiques américains révélés depuis quelques années par Apatow (qui est également, outre un producteur prolifique, le créateur de la série culte Freaks and Geeks) ainsi que la performance magistrale du trop rare Adam Sandler, parfait ici en star du rire forcée de reconsidérer sa vie.
Dans la continuité du cours sur la valeur discursive du montage adossé à un travail du rythme, voici un exemple où Martin Arnold démonte les mécanismes idéologiques du cinéma classique hollywoodien en retravaillant en boucle et de manière microscopique, à l'aide d'une tireuse optique, les photogrammes d'un plan de 18 secondes trouvé dans The Human Jungle (Joseph Newman, 1954). Le found footage est une pratique courante du cinéma structurel autrichien dont Martin Arnold est l'un des principaux artisans, mais reste toujours aussi saisissant, comme en témoigne l'extrait que voici.
Par son travail d'étirement du temps, de submersion sonore, de boucles hypnotiques et de réversibilité des images, le cinéaste autrichien défigure le couple modèle, défait l'ordonnancement "naturel" des apparences pour mieux en exhiber l'artificialité sur un mode à la fois comique et grinçant. Il fait ainsi ressentir physiquement au spectateur le côté mécanisé de l'humain dans la société de consommation américaine ainsi que les stéréotypes sexués et les frustrations sexuelles qu'entretient l'usine à rêves.
Dans un entretien avec Scott Mac Donald publié dans le numéro 40 de la revue Bref, Martin Arnold le dit crûment: "Le cinéma d'Hollywood est un cinéma d'exclusion, de raccourci et de rejet, un cinéma de refoulement. Il y a toujours autre chose derrière ce qui est nous est montré, qui n'est pas représenté." Et c'est précisément ce que le montage rythmique d'Arnold dévoile de manière implacable et jouissive.
Charly Parthonnaud nous signale que l'introuvable "Red River" d'Howard Hawks peut être visionné sur YouTube en V.O. (mais sans les sous-titres, hélas).
Dans ces premières minutes, trois éléments au moins doivent retenir votre attention. Tout d'abord, la caractérisation conventionnelle du héros, indépendant, entreprenant, expérimenté (sa piété s'exprimera quelques minutes plus tard, lorsque, après avoir tué de sang-froid deux pistoleros mexicains, il décide quand même de lire la Bible au-dessus de leurs dépouilles). Ensuite, la vision stéréotypée du personnage féminin, dont l'immobilité dans le cadre souligne d'autant plus nettement l'allant du westerner. Vous remarquerez malgré tout l'implicite érotique de sa proposition. Enfin, l'Indien apparaît également de manière typique : indistinct, rusé, fondu dans la nature.
A ce classicisme des représentations s'ajoute la dimension épique du film. L'ouverture, conduite par la très belle musique de Dimitri Tiomkin, place le récit dans le cadre glorieux des exploits du passé et emprunte au prestige de l'écrit (la page que l'on tourne, le texte manuscrit) pour asseoir sa légitimité. C'est bien la grandeur nationale qui se raconte à travers le parcours exemplaire de Thomas Dunson.
Alors que la recherche française, et surtout sa composante féminine, réfléchit collectivement à des questions d'importance (a-t-il vraiment jamais été aussi beau qu'à 30 ans, le cigarillo aux lèvres ? Ne demeure-t-il pas torride dans Gran Torino avec son côté grand-père martial et sacrificiel ?), le TAP Cinéma a eu la très bonne idée d'organiser un stage entièrement consacré à Clint Eastwood sous l'angle, fécond, de son rapport aux femmes. Ce sera l'occasion d'un parcours de son oeuvre, entre misogynie ultrasexy et romantisme exacerbé...
Le week-end sera animé par Carole Desbarats, ancienne directrice de la Fémis, spécialiste de Prévert et fine connaisseuse de celui qui fut aussi bien l'acteur du sketche des Sorcières (1967) où il campe le mari faible et veule d'une épouse castratrice que le réalisateur, entre autres, de ce très beau portrait de femme qu'est Breezy (1973). Elle présentera chacun des trois films projetés et discutera ensuite avec le public.
- Le samedi 28 novembre à 14h 30, projection de Million Dollar Baby (2004).
- Le samedi 28 novembre à 20h30, projection d'Un Frisson dans la nuit (1971), premier long-métrage de Clint où il joue un animateur de radio qui se fait, assez logiquement, harceler par une fan hystérique.
- Le dimanche 29 novembre à 10h00, échanges menés par Carole Desbarats autour de la thématique du rapport aux femmes, assortis de nombreux extraits de la filmographie d'Eastwood.
- Le dimanche 29 novembre à 13h45, projection de L'Echange (2008).
Vous pouvez télécharger le bulletin d'inscription ici ou le retirer à l'accueil du TAP. Il est à retourner avant le 26 novembre au TAP, 1 bd de Verdun, 86000 Poitiers.
Tarifs du week-end (films compris) : 10 euros pour les étudiants d'Arts du Spectacle.
Apparemment, quelques étudiants n'étaient plus sûrs de rien... Pourtant, comme je l'avais annoncé lors de la dernière séance (mercredi 4), le cours d'histoire du cinéma se poursuit bien cette semaine et la suivante. Même lieu, même heure. Un reste d'expressionnisme, un peu de cinéma soviétique, et place à Jean Gabin.
Les festivals de Poitiers se suivent et ne se ressemblent pas. Après "Filmer le travail" et son ancrage dans les enjeux les plus brûlants de la société française, voici le tour de la tête chercheuse "O.F.N.I.", depuis le 13 novembre et jusqu'au 21.
Si vous en avez assez de Hollywood, du cinéma français, des champs/contrechamps attendus, du pathos habituel et des happy endings téléphonés, si vous voulez voir du cinéma troublant, dérangeant, hors norme, expérimental et radicalement différent, alors ce festival est fait pour vous.
Mardi 17, 20h, à la cafétéria Lettres et Langues, Artefac, l'association culturelle des étudiants de notre département, organise une soirée ludique autour d'une série de quizz de connaissances.
Un concours de courts-métrages, un autre de photos sont également sur les rails (mais on gagne quoi, au fait ?) :
Toutes les nouvelles de l'association sur son site :