
On peut être allergique à leur humour (trop froid) ou à leur mise en scène (trop maîtrisée). Mais il serait un peu injuste de reléguer, comme on le lit parfois, Joel et Ethan Coen au rang de petits maîtres hollywoodiens, eux qui ont su renouveler leur exploration maniaque du cinéma classique et livré quelques beaux films savamment détraqués, comme Fargo, O'Brother, Barton Fink, et le magistral No Country for Old Men, d'une noirceur et d'une âpreté dont ils n'étaient pas coutumiers.
Leur dernier film, A Serious Man, programmé au TAP jusqu'à début mars, est un jalon intéressant dans leur oeuvre, à la fois quintessence du style Coen (le portrait de l'anti-héros, les années cinquante de la middle class, les détails obsessionnels, l'atmosphère oppressante) et découverte d'une veine sans doute plus intime. Le faux rythme, l'inertie du personnage, le comique bizarre font d'A Serious Man un film pas forcément plaisant mais singulier, et d'une folie qui laisse une impression durable. A voir, donc, pour se faire une idée de leur cinéma, ou pour la retrouver.